Lausanne-Genève ou Los Angeles ? – Prenez la Suisse romande et mettez-la à plat. Un énorme plateau qui s’étendrai de Genève aux frontières bernoises et de Porrentruy à Sion, à peine parsemé de quelques menues collines. Puis, une fois placés les centres d’affaires, les rues marchandes, les indispensables écoles, hôpitaux, universités et autres infrastructures, couvrez le reste de ce territoire de maisons individuelles ! Vous obtiendrez ainsi un copier/coller de l’étalement urbain de Los Angeles et des villes avoisinantes, les palmiers et l’océan en moins.

L’immense agglomération de la Cité des Anges (Los Angeles) s’étend de San Fernando à New Port et de Santa Monica à San Bernardino regroupant près de vingt millions d’habitants. Observez ce territoire sur GoogleMaps et transposez-le sur la Suisse ; c’est impressionnant ! Les raisons historiques et économiques qui ont créé ces « centaines de banlieues à la recherche d’une ville » sont multiples. Il est intéressant d’apprendre que l’origine de ce modèle trouve naissance dans l’idéologie WASP (White Anglo-Saxon Protestant) qui, fuyant les typologies des grandes villes telles que New York ou Chicago, prônait un idéal pastoral de quartiers à faible densité, de proximité avec la nature et de vie sociale centrée sur la cellule familiale. Abhorré durant des décennies par les urbanistes de tous bords, cette absence de ville-centre et cette faible densité sont regardées aujourd’hui avec un œil nouveau par une vague naissante de théoriciens. Et si les nouvelles technologies, les véhicules autoguidés et le télétravail rendaient obsolète la nécessité d’un centre physique ? Et si la multiplication de petits noyaux efficacement mis en relation entre eux – tel un web devenu ville – représentait le modèle de l’urbanisme eco-friendly de demain ?

L’initiative « Stop Mitage » sera soumise au peuple le 10 février prochain. Présenté par les Jeunes Verts l’argumentaire de l’initiative tend à idéaliser le paysage bucolique, la proximité avec la nature et la qualité de vie helvético-traditionnelle. Les initiants souhaitent bloquer à jamais la surface totale des zones à bâtir au niveau actuel : toute nouvelle zone devant être compensée par le déclassement d’une surface égale.

Depuis 2012, le nombre de personnes habitant dans des zones à bâtir a augmenté de 7,4 à 8 millions sur une surface restée constante (2’320 km2). Théoriquement, les zones à bâtir non encore construites pourraient accueillir environ un million de personnes. Toutefois, ces surfaces sont en grande partie situées dans des régions rurales. La révision de la LAT entraîne déjà nombre de complications administratives et de réelles difficultés économiques. Difficile d’imaginer une gestion efficace d’un blocage total des zones. Evidemment, les milieux économiques et de la construction sont opposés à cette initiative jugée excessivement contraignante, néfaste pour l’économie et peu réaliste. Alors que les modèles changent et que les des modes de vie évoluent, une politique passéiste et figée n’est pas envisageable.

La gestion du territoire est une question essentielle. L’histoire de la mégapole californienne nous enseigne que les plus nobles intentions ne débouchent pas forcément sur les résultats escomptés.

Articles en relation

Sponge city: construire avec la nature

Et si nos villes se vidaient?

 

chantiersmagazine.ch Los Angeles machines.chantiers.ch Lausanne job.chantiers.ch urbanisation

Chantiers de l'Année 2023 Los Angeles